Le Celtic Park est situé dans le quartier de Parkhead, à l'Est de la ville. En m'approchant du stade, je réalise un vieux rêve de supporter. Ce n'est pas pour y assister à un derby, mais l'émotion est la même.

Bienvenue au Celtic Park, le plus grand stade du pays avec ses 61 000 sièges. Au premier plan, à gauche de la sandwicherie ambulante, la boutique officielle (une succursale est implantée en centre ville). Ou devrais-je dire le megastore, vue la taille de l'endroit.

La façade est en briquettes rouges. He oui, comme chez les Scheldt Fans...

Des dizaines de guérites comme celle-ci sont installées aux abords du stade. Et c'est à celui qui criera le plus fort pour ameuter la clientèle. Ici, les programmes des matches sont payants...mais c'est du programme de compet'.

En faisant le tour de l'enceinte, je tombe sur ce mur, où les noms des supporters décédés sont gravés pour l'éternité. Le club a plusieurs foyers de fans dans le monde entier (Etats-Unis, Irlande...), mais rien à voir avec les pseudo supporters chinois de Manchester ou thaïlandais du Real...ici ça dépasse le football.
Pour faire patienter tout ce petit monde, bonne musique rock british pendant les échauffements, que le public reprend par moments, excellent. Ce soir, l'adversaire est le Sportklub Rapid, club de Vienne qui a fini second de son championnat derrière la dernière fantaisie du football; le "Red Bull" Salzburg. 32 fois champion, 14 coupes c'est un beau duel de gloires nationales qui nous est proposé. Les deux équipes évoluent sous les mêmes couleurs, le vert et le blanc. Bandes horizontales côté écossais, verticales côté autrichien. Au sein du Rapid évolue une connaissance des supporters parisiens, Branko Bošković milieu de terrain monténegrin qui n'a pas laissé de souvenir impérissable dans la capitale (il est d'ailleurs ce soir remplaçant, quelle surprise....). Le moins que l'on puisse dire est que lorsque les viennois blindent un parcage, ils ne font pas semblant:


Allez, au jugé 1 500-2 000; les Ultras torse poils en bas qui maintiendront la bâche à bout de bras toute la rencontre, et les suiveurs au dessus, mais des suiveurs particulièrement actifs. Les premiers chants sont énormes, et les gestuelles sont reprises par tout le monde. C'est du haut niveau. En face, on sort les banderoles provocatrices:

"We still hate Rapid", nous détestons toujours le Rapid.

"We've still got the bottle", nous avons encore la bouteille. Fin 1984, coupe des coupes, le Rapid l'emporte à Vienne 3-1 à l'aller. Retour à Glasgow, où le Celtic va mener 3-0 à la 68ème minute. A la 76ème, l'arbitre accorde un penalty aux écossais que vont discuter les autrichiens, près des fans celts. Une bouteille lancée des tribunes atteint un défenseur viennois, qui s'écroule. C'est la confusion totale, le match s'achève sur ce score, les dirigeants du Rapid font appel auprès de l'UEFA pour faire rejouer la rencontre. Ils obtiendront gain de cause, le Celtic fait à son tour appel et est puni pour celà par les instances. La revanche sera jouée à Manchester en Angleterre, et sera remportée 1-0 par Vienne. Apparemment personne n'a oublié cet épisode de part et d'autre, 25 ans plus tard des doigts bien tendus sont échangés.

Il me semble qu'il arrive...oui, c'est bien lui, le "you'll never walk alone". Je le vois enfin de mes propres yeux...et l'entends surtout enfin de mes propres oreilles. Rien que cela valait le déplacement, avec la marée d'écharpes en prime. Le Celtic et Liverpool se disputent l'honneur d'avoir fait entrer cette chanson pop anglaise de 1945, maintes et maintes fois reprise par divers artistes, dans les stades. Mais à ce moment, je n'y pense même pas. Je peux mourir maintenant.


Un petit groupe à ma gauche agite drapeaux et étendards. On ne les entendra pas longtemps, mais il est surprenant de voir ce type d'animation dans un stade britannique. On ne voit pas grand chose sur les photos, mais il fait très sombre dans le stade.
Il n'est pas fréquent de retrouver le Celtic en Europa League, plus habitué aux poules de la Champion's. Mais le 1-5 sur l'ensemble des deux matches de tour préliminaire du mois d'août encaissé contre Arsenal a mis prématurément fin à l'aventure dans la compétition majeure européenne. Pour le Rapid, c'est un retour aux sources. Ne pouvant évoluer sous ses couleurs habituelles ce soir (par la force des choses), ils arborent les tenues rouges et bleues des premières heures du club.
Peu après le coup d'envoi, les deux sièges voisins du mien vides jusqu'à présent trouvent preneurs. Je jette un oeil discret et remarque que l'un des deux mecs a la gueule explosée, du sang sur les chaussures, le jean... Je me dis de suite "oh putain, ça y est je suis tombé sur un vrai, mes poulets". Le mec se tourne vers moi comme si de rien n'était, et engage la conversation. Au bout d'un moment, n'y tenant plus, je lui demande combien du camp d'en face il en a assomé. Et là, le gars m'explique qu'il est épileptique, et qu'il a été pris d'une crise en voulant descendre du bus en marche, se ramassant une gamelle monumentale. Ah c'est de suite moins glorieux...Un léger instant de flottement, au cours duquel j'ai du mal à cacher ma déception. Ce sont deux frangins d'Aberdeen fanas du Celtic, et qui viennent voir pratiquement tous les matches, au grand dam de leurs copines. Lorsque je leur révèle que je suis ici parceque je souhaitais voir un jour le Celtic Park, qui me faisait rêver, ils me tapent tous deux dans le dos les yeux au bord des larmes emplis de fierté. Et en plus, ils connaissent le Stade de Reims!!
Et le match me direz-vous? Eh bien ce n'est pas jobard ma bonne dame. Le Rapid ouvre le score à la 4ème minute, grosse folie des viennois en parcage. Certains se jettent sur les stadiers les séparant de la pelouse, pour tenter de l'envahir. Ca fait du bruit. Le Celtic pousse et revient à la marque 20 minutes plus tard, ça explose de nouveau et j'en prends plein les esgourdes. Mes deux voisins sont au bord de l'évanouissement.
Et la suite? Plus rien, deux équipes plus que moyennes. Les écossais font valoir leur jeu physique et dominent stérilement. Les autrichiens sont plus tranchants, plus rapides, mais pas plus efficaces. En tribune par contre, rien à redire, les viennois se font plaisir.


Tifo feuilles, bandes horizontales vertes-blanches-rouges en haut de la tribune, marquées Rapid en vert sur fond blanc en bas.


Tendu d'écharpes et de drapeaux du plus bel effet.
Score final, 1-1. Le Rapid avait corrigé Hamburg 3-0 au premier match et confirme en prenant la première place de la poule. Le Celtic, avec un point au compteur déçoit.
Les Ultras, très impressionnants, sont heureux et chambrent à tout va. Un petit voyage en Autriche serait le bienvenu pour ma part, ils m'ont bien vendu leur affaire les tiroliens.
Pour finir, ce voile, tout au fond sous la structure métallique, que je surprends juste avant de quitter les tribunes:
